Sabeomnim* Patrice Le Guerroué-Drévillon
*Sabeomnim (사범님, coréen) : Maître, celui qui transmet
J'ai découvert le Taekwondo coréen en 1988. Très vite, ce fut une passion qui m'amena vers la compétition : quand on a moins de trente ans, on aime se mesurer aux autres. Passionné de sports, j'ai aussi trouvé dans la course à pied, le VTT et le cyclisme des moyens supplémentaires de "m'éclater". J'ai donc un petit palmarès en Taekwondo et des temps raisonnables en course à pied (1h29 au Marseille-Cassis).
Quand la passion vous tient mais que l'âge de la compétition est passé, le besoin d'enseigner devient évident. C'est donc tout naturellement que je suis devenu professeur de Taekwondo, en prenant soin de pratiquer un peu d'autres arts martiaux (Yosekan Budo, Aïkido, Krav Maga) ou me former sérieusement au Hapkido.
En 2009, à l'occasion d'un séminaire d'arts martiaux coréens à Aix en Provence, j'ai participé à un atelier d'art martial encore inconnu : le "Seonmudo". Maître Frédéric Foubert nous a fait découvrir une autre approche de la gestuelle martiale, une autre forme de pratique plus douce et plus respectueuse de notre corps que tout ce qui m'avait été enseigné jusque là. J'y découvris le "chaînon manquant" de ma pratique martiale : des exercices de yoga coréen associant le geste avec le souffle et inversement. En 2010 je commençais donc un cursus formation de trois ans pour devenir instructeur de Seonmudo.
J’ai alors découvert, par la méditation et le travail sur la circulation de l’énergie du Qigong, comment le Seonmudo permet d’accéder à la dimension intérieure “Yin” de la pratique. Je me suis donc éloigné naturellement du Taekwondo et du Hapkido qu’on ne m’a appris à pratiquer que dans la dimension “Yang” pour pratiquer presque exclusivement le Seonmudo depuis une dizaine d'années. Je suis persuadé que durant mes années de compétitions, avec une approche de l'entraînement inspirée du Seonmudo, j'aurais été plus performant, moins souvent blessé et plus rapidement rétabli.
Motivé par l'envie d'approfondir mes connaissances et de les transmettre à mes élèves, j'ai développé un cours spécifique de Yoga coréen basé sur les postures du Seonmudo et d’autres issues du yoga indien.
En 2025, j'ai ressenti le besoin de franchir le cap en me formant aux styles majeurs de Yoga pratiquée en France. Ainsi, en 2026, j’ai suivi les modules de formation de professeur de Yoga reconnus par Yoga Alliance.
Je souhaite que ma pratique, et aussi celle de mes élèves, soit pérenne.
J'aimerais pratiquer encore dans 20 ans et plus, et je sais que ce ne sera pas comme aujourd'hui, car notre corps vieillit plus vite que nos envies. Dans ma pratique, je suis conscient qu'il faudra chercher sans cesse l'équilibre entre confort et effort, douceur et force, lâcher prise et tension... avec l'envie de faire de mon mieux en transmettant cette passion. Mais un Seonmudo bien compris et bien pratiqué contribue pleinement à une vie saine et en bonne santé : c'est un outil de maintenance préventive fabuleux !
Je ne veux pas prendre les choses trop au sérieux en me mettant une pression constante. Ce n'est pas parce qu'on réussit à pratiquer un enchaînement compliqué ou acrobatique qu'on devient soudainement plus heureux. Ce n'est pas non plus parce qu'il y en a qui deviennent inaccessibles en raison de traumatismes ou de pathologies qu'on est moins heureux.
Ce qui fait du bien, c'est la passion, la motivation, la patience et la compassion dont on fait preuve en pratiquant. Ce qui compte, ce n'est pas la beauté de l'enchînement, mais notre capacité à la pratiquer de manière adaptée à notre morphologie et condition mentale et physique du moment. Nos mouvements doivent être guidés par notre volonté, mais aussi par nos ressentis en écoutant ce dont notre corps a besoin.
Dans le Seonmudo, il faut savoir faire preuve de force de motivation et de rigueur, comme faire preuve de légèreté et de douceur : l'équilibre de la voie du milieu, entre le Yang et le Yin.
Il faut y prendre du plaisir : et pour paraphraser Mathieu, l'auteur de Contes spirituels du Yoga. "Un Seonmudoïste Yogi qui ne rit pas n'est pas un Seonmudoïste Yogi sérieux".
Le CV succinct du prof
âgé de 60 ans, il est pratiquant d'arts martiaux coréens depuis 1988 et enseignant depuis 1998
Compétiteur :
1991 : Champion PACA de Taekwondo
1991 : 1/4 finales championnat de France de Taekwondo
Enseignant de Taekwondo, de Hapkido et self-défense :
1998 : Brevet d’État d’Éducateur Sportif 1er degré
2011 : DEJEPS en perfectionnement sportif
Instructeur en Seonmudo après une une formation de 3 ans auprès de Popsanim (Maître, celui qui sait) Frédéric Foubert :
2013 : Brevet d'Instructeur de Seonmudo
Professeur de Yoga indien
2026 : formation de professeur de yoga auprès de Studio Air Yoga & Pratiques bien être
formation labellisée YACEP (Yoga Alliance Continuing Education Provider)
modules de formation continue reconnus par Yoga Alliance.
module Yoga 1 : Vinyasa Yoga
module Yoga 2 : Hatha Yoga
module Yoga 3 : Ashtanga Yoga
module Yin Yoga
Qualification Sport Santé
2026 : formation "sport santé"
Patrice est plusieurs fois ceinture noire en Taekwondo, Hapkido et Seonmudo ;
CN 1er Dan de Hosin-Hapkido en 2011
CN 1er Dan de Hapkido en 2014
CN 3è Dan de Seonmudo en 2022 (Sabeomnim (사범님 ) : Maître, celui qui transmet, le plus haut gradé en Europe est Popsanim Foubert, 6è Dan)
CN 5è Dan de Taekwondo en 2023 (Soo suk sabeomnim (수석 사범님 ) : Maître, chef instructeur, le plus haut gradé en France est 9è Dan)
(CN = Ceinture Noire)
Octobre 2022 : remise des diplômes et ceintures de troisième Dan par les Maîtres Foubert (à droite) et Beilé (à gauche)
Juin 2023 : INSEP à gauche, avec le Grand Maître de Taekwondo Claude Jurca au centre
INSEP, juin 2023, à droite avec mon ami et complice de Seonmudo, Hapkido et Taekwondo : Arnaud
2015, remise du diplôme de deuxième Dan par le Maître Hyegak Kim
2013, à droite, lors du passage du premier Dan devant le Grand Maître Jeog Un Seol,
Appelez-moi mili-Maître !
juin 2023
Quelques (35) petites années de pratique d'arts martiaux coréens, quelques petites fractures et autres entorses (chevilles, genou, côtes, poignet, doigts...), licencié dans quelques (8) clubs, depuis le Judo club toulonnais, 4 clubs créés, dont le Dojang londais et l’École Varoise de Seonmudo), Quelques dizaines de stages techniques.
Quelques mois de préparation intensive (physique et théorique) depuis décembre 2022.
Quelques instants de pur bonheur le samedi 24 juin 2023 en stage à Paris à l’INSEP avec des Grands Maîtres coréens.
Quelques instants de pur stress le dimanche 25 juin, encore à l’INSEP, comme si j'étais un petit gamin se présentant devant un jury composé de géants effrayants.
Quelques heures d’examen en faisant des erreurs théoriques, des gaffes, fautes techniques et autres bourdes de débutant qui me faisaient dire "c'est mort...".
Quelques minutes d'attente de l'annonce du résultat et de l'appel de mon nom. Et enfin quelques larmes aux coins des yeux en comprenant que je l’ai réussi ! mon examen de cinquième dan de Taekwondo !!!
Quel que soit mon âge et le grade recherché, ça aura toujours été la même démarche, les mêmes émotions.
Futilité que tout cela ? Car finalement à quoi ça me sert d'aller passer un Dan, de me mettre tout seul en difficulté sans que personne ne m'y ait poussé ? Curieusement, je ne me pose cette question qu’un mois après, parce que ce fameux dimanche 25 juin 2023 c’était plutôt « mais qu’est-ce que je fous là put… ?! Dire que je pourrais être tranquille à la plage ! ».
A quoi ça me sert ?
J’entretiens mon corps en me faisant plaisir ! Grâce à l’adrénaline du stress en situation difficile, en combat ou en self-défense ; grâce aussi à l’endorphine pendant et juste après l’effort ; grâce à l’ancrage dans le présent, ici et nulle part ailleurs sinon rien ne marche ; grâce à l’activité physique qui me maintient en forme et repousse le seuil de douleur de mon arthrose (cervicales, lombaires, hanches; prothèse de hanche annoncée pour 2024) et me permet de réaliser encore des techniques "de ouf" (pour quelqu'un de mon âge bien sûr ;-) )
A quoi ça me sert ?
Un an avant, en juin 2022, j'échouais à l'examen de troisième Dan de Seonmudo, pour le réussir finalement en octobre.. J’apprends donc à accepter l'échec. Alors que j’ai la prétention d’être assez bon et d’en savoir suffisamment, je prends le risque de tomber de mon piédestal en m’exposant au jugement d'un jury qui me montre mes faiblesses, mes imperfections et mes ignorances,
A quoi ça me sert ?
Je m’ancre donc dans le présent, je progresse pas après pas, sans préméditer les examens de Dans qui se présentent à moi et pas le contraire. En étant conscient qu'atteindre la perfection et en conserver la maîtrise "ultime" sont illusoires.
A quoi ça me sert ?
Je cultive l’envie d’en apprendre toujours un peu plus. Les grands Maîtres ont bien raison : avant la ceinture noire on est « débutant », à partir de la ceinture noire on devient « étudiant ». Malgré le chemin parcouru, je sais bien peu de choses en comparaison de ce qu’il me reste à découvrir. Auprès des Maîtres, chaque stage technique apporte son lot de découvertes. En cours, mes élèves bousculent mes certitudes.
La traductions de Sabeomnim (사범님 ) en Seonmudo est "Maître, celui qui transmet".
Maîtres et élèves m'encouragent à étudier encore et toujours, pour tenter de mieux maîtriser mon art, sur le plan technique, théorique, culturel ou social. Avec cette démarche je ne peux pas avoir d’autre objectif que continuer sur ce chemin entamé il y a 35 ans, sans savoir où il va me mener ni ce que l’avenir me réserve, et sans rien attendre d'autre que le plaisir de pratiquer, d'apprendre et de transmettre.
Pascal Commain, prof de Taï-Chi nous l’a dit en 2018 : savourer cette approche de la pratique est jubilatoire. J’espère partager cette jubilation avec mes élèves.
Alors ? Futile ou pas futile ?